Notre association a relancé en juin 2011 l’activité « Poésie sur Prédecelle ».

Ces rendez-vous  réunissent des personnes soucieuses de définir, de faire partager  ce que la poésie leur apporte , illustrant leurs propos d’exemples choisis : ambiance chaleureuse et détente assurées.

 

 

Année 2017-2018

 

Pour cette saison 2017/2018 de « Poésie sur Prédecelle », nous prévoyons deux rencontres :

 

- L’une en mars, en lien avec l’association « Arche » sur le thème « Esclavage(s), Histoire(s), Héritage(s) »

 

- L’autre en mai ou juin, autour d’une poétesse de la région.

A suivre donc….

 

 

 

 

 

 

 

Interrogation

Le visage amaigri et le regard inquiet

 

VINCENT nous livre un dernier autoportrait

 

Il scrute inlassablement le miroir

 

C’est vital, il voudrait bien savoir

 

Si la maladie s’est enfuie

 

S’il est enfin guéri

 

Si tout n’est qu’un mauvais souvenir

 

Il désire de toutes ses forces repartir.

 

  Tout tourbillonne autour de lui.

 

Des volutes, des spirales

 

Aux tonalités vert pâle

 

L’assaillent en rafales

 

Et hantent ses pensées.

 

Il est plongé dans une autre nuit  

   

     Sans étoiles et paraît angoissé.

 

 Lysiane Petit

 

 FRIDA KAHLO

  

Les Larmes de FRIDA

 

N’ont pas ému que moi,

 

Légères et cristallines

 

Elles glissent sur sa magnifique poitrine.

 

Accidentée,  la colonne vertébrale brisée,

 

Elle est martyrisée,

 

Le corps enserré dans un carcan

 

Elle doit supporter cet harnachement

 

Pour se déplacer

 

Et ne plus rester couchée

 

A longueur de temps.

 

La peinture l’a sauvée

 

Grâce à cette activité passionnée,

 

Immobilisée, clouée sur son lit,

 

Sous un grand miroir,

 

Placé comme un ciel de lit,

 

Elle peut s’observer et se voir,

 

Avec  talent elle se reproduit.

 

Couleurs flamboyantes,

 

Evocations émouvantes.

 

Les larmes de FRIDA

 

Pour Diégo RIBERA

 

Union d’une colombe et d’un éléphant,

 

Elle ne peut pas avoir d’enfant.

 

Frida désespérée, brûlant sa vie

 

Forme de survie,

 

Mène un dur combat

 

Avec sa peinture elle se débat.

 

Sublimation de la douleur

 

Dans l’amour et la couleur.

  

Lysiane PETIT

 Les quatre sans cou

Ils étaient quatre qui n'avaient plus de tête,
Quatre à qui l'on avait coupé le cou,
On les appelait les quatre sans cou.

Quand ils buvaient un verre,
Au café de la place ou du boulevard,
Les garçons n'oubliaient pas d'apporter des entonnoirs.

Quand ils mangeaient, c'était sanglant,
Et tous quatre chantant et sanglotant,
Quand ils aimaient, c'était du sang.

Quand ils couraient, c'était du vent.
Quand ils pleuraient, c'était vivant,
Quand ils dormaient, c'était sans regret.

Quand ils travaillaient, c'était méchant,
Quand ils rôdaient, c'était effrayant,
Quand ils jouaient, c'était différent,

Quand ils jouaient, c'était comme tout le monde,
Comme vous et moi, vous et nous et tous les autres,
Quand ils jouaient, c'était étonnant.

Mais quand ils parlaient, c'était d'amour.
Ils auraient pour un baiser
Donné ce qui leur restait de sang

Desnos

  

La terre est bleue comme une orange
Jamais une erreur les mots ne mentent pas
Ils ne vous donnent plus à chanter
Au tour des baisers de s’entendre
Les fous et les amours
Elle sa bouche d’alliance
Tous les secrets tous les sourires
Et quels vêtements d’indulgence
À la croire toute nue.

Les guêpes fleurissent vert
L’aube se passe autour du cou
Un collier de fenêtres
Des ailes couvrent les feuilles
Tu as toutes les joies solaires
Tout le soleil sur la terre
Sur les chemins de ta beauté.

Paul Eluard

                  Complainte de Vincent        à Paul Eluard.

 

A Arles où roule le Rhône

 

Dans l'atroce lumière de midi

 

Un homme de phosphore et de sang

 

Pousse une obsédante plainte

 

Comme une femme qui fait son enfant

 

Et le linge devient rouge

 

Et l'homme s'enfuit en hurlant

 

Pourchassé par le soleil

 

Un soleil d'un jaune strident

 

Au bordel tout près du Rhône

 

L'homme arrive comme un roi mage

 

Avec son absurde présent

 

Il a le regard bleu et doux

 

Le vrai regard lucide et fou

 

De ceux qui donnent tout à la vie

 

De ceux qui ne sont pas jaloux

 

Et montre à la pauvre enfant

 

Son oreille couchée dans le linge

 

Et elle pleure sans rien comprendre

 

Songeant à de tristes présages

 

Et regarde sans oser le prendre

 

L'affreux et tendre coquillage

 

Où les plaintes de l'amour mort

 

Et les voix inhumaines de l'art

 

Se mêlent aux murmures de la mer

 

Et vont mourir sur le carrelage

 

Dans la chambre où l'édredon rouge

 

D'un rouge soudain éclatant

 

Mélange ce rouge si rouge

 

Au sang bien plus rouge encore

 

De Vincent à demi-mort

 

Et sage comme l'image même

 

De la misère et de l'amour

 

L'enfant nue toute seule sans âge

 

Regarde le pauvre Vincent

 

Foudroyé par son propre orage

 

Qui s'écroule sur le carreau

 

Couché dans son plus beau tableau

 

Et l'orage s'en va calmé indifférent

 

En roulant devant lui ses grands tonneaux de sang

 

L'éblouissant orage du génie de Vincent

 

Et Vincent reste là dormant rêvant râlant

 

Et le soleil au-dessus du bordel

 

Comme une orange folle dans un désert sans nom

 

Le soleil sur Arles

 

En hurlant tourne en rond.

 

Jacques PRÉVERT, Paroles, 1946

 

 

 

 

 

 

 

Poésie sur Prédecelle

 

 

 

Informations :

 

Chers poètes et amateurs de poésie, en 2001 un atelier se crée à la bibliothèque c'est son histoire que nous vous raconterons chaque mois. N'hésitez pas à nous faire part de vos réflexions et nous faire parvenir vos textes si vous-même écrivez à cette adresse Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

 

Dans le but d'alléger la suite de la page ci-dessous vous avez accès aux épisodes précédents (PDF) en cliquant ICI

 

 

 

 



 

Et voilà deux fabulistes plus près de nous…

 

 

 

A l’enterrement d’une brave bête

(fable sans morale)

Aquarelles d'Elda


Il n’y a pas que l’escargot
Que l’on enterre dans les sanglots.

De la jungle aux déserts sans limites
Tous les fauves pratiquent   ces rites.
D’abord ils s’entretuent allègrement,
Puis ils accompagnent dignement
-revêtant complet et mine de deuil –
Le défunt étendu dans son cercueil

Les crocodiles paradent à l’avant
A cause , dit-on, de leurs larmes
Qui coulent sans effort apparent.
Hier encore ils sortaient leurs armes
Affûtées, en vue du triste carnage
Dans la boue du gris marécage
Et, maintenant, tout à fait dignes
Ils pleurent et, même, ils se signent.

Trône ensuite dans le cortège
Le lion hautain, crinière beige,
Allure indolente et narines au vent.
Par ses rugissements sonores
Il nous rappelle qu’il attend vraiment
A ce que tout le monde l’honore.
Pas un regard jeté vers la proie :
Pour les vaincus « ni loi ni droit ».

Après suivent les pies et les curieux
Qui partagent à voix basse, entre eux,
Des souvenirs… « Une si brave bête… »
L’un chuchote « il n’avait qu’un tort,
Hélas, il n’était pas le plus fort ! »
« A-t-on idée alors de tenir tête »
Dit l’autre « aux fauves avides de sang
Au lieu de rester soumis, dans le rang ».

Ferment ce défilé d’amis les vautours,
Derniers, mais ils n’attendent que leur tour
Pour lacérer à belles dents la victime
Dans un élan qui n’a rien de sublime.
Le disparu ayant ainsi totalement disparu,
Les croque-morts blasés, en concluent
Froidement, « et puis tant pis pour lui…
Il l’a bien cherché de finir ainsi ! »

Elda 

 

Le crapaud et le bœuf

Au bord de la rivière

Un crapaud sautillant
Venu chercher sa belle
En ce matin de printemps,
« et que je saute, et que je saute ! »
Pour retomber lourdement
Sur ce chemin cailloutant
Voilà deux jours qu’il recherchait
Sa bien aimée.

Et son saut était lourd
Et son cœur fatigué ;
Mais voilà que soudain
Une ombre s’agrandit
Au détour du chemin.
Le crapaud s’arrêta
Et son regard croisa
Les yeux d’un pachyderme
Enorme et tranquille
Qui n’avait peur de rien.

Aussitôt mon crapaud sauta.
Fit le tour de ce gros « tas »
Et lui dit en gonflant sa voix
« Je peux, si je me gonfle,
Grossir autant que toi ».
Le bœuf, car c’était lui,
Sourit. « Essaye –lui dit-¬il –
Je voudrais bien voir ça ».

Et notre bon crapaud souffla,
Souffla, et reprit son souffle
Encore une fois,
Regarda le bon bœuf
Et se regarda « lui ».
Se trouva si petit…
Alors, relâchant son souffle
Il redevient petit crapaud, et se trouva fort beau,
Il repartit en sautillant
Pour rechercher sa belle
En ce jour de printemps.

Louise

 

 

 

Texte extrait des archives d’Elda

 

Vous pouvez également lire l'ensemble de ces textes ici

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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